Rechercher
  • Cédre Inka

Quand la poupée n'est pas qu'un jouet

Dernière mise à jour : 4 nov. 2018

Bien avant de devenir le symbole exclusif de l’enfance, les poupées ont été confectionnées depuis la nuit des temps par des hommes qui tentaient de répondre à leurs angoisses métaphysiques et ont investi pour y remédier le champ du sacré, du profane ou du religieux en objectivant la poupée.


Longtemps affectées à des pratiques et des rituels psycho-religieux, magiques ou encore mystiques, la poupée conserve aujourd’hui un usage universel puisqu'elle est offerte en premier lieu aux petites filles dès leurs primes enfances et va accompagner leur évolution jusqu'à la pré-adolescence la poupée est lavée, bercée, coiffée, habillée, soignée (ou pas) , nourrie... certains lui confèrent un usage pédagogique majeur comme si elle préparait la petite fille à son futur rôle de mère en s’exerçant à des pratiques d’adultes.


D’autres, lui attribuent un rôle identitaire fort, puisqu’elle transmet la mode, le rapport à l’esthétique et aux canons de beauté (bons goûts). La poupée érige alors en modèle un idéal de féminité. La petite fille lorsqu’elle s’identifie «à la part féminine représentée» aura défini plus tard ses critères esthétiques de représentation du «BEAU». Les parents ont donc un rôle déterminant dans le choix des poupées qu’ils offrent à leur progéniture.




Dans les années 80, ma poupée fétiche punk à chevelure rose et noire aura certainement engagé mon goût pour les cheveux coupés courts que je porte aujourd’hui, un des critères de la féminité pour moi.Qu’elles soient de tailles, de couleurs ou de matières différentes, tantôt simples ou ornementées, issues d’époques et de cultures proches ou éloignées, les usages de la poupée ne sont pas seulement esthétique, ludique ou/ et rituel. Elle véhicule bien plus qu’un simple rapport à la maternité et à la  fécondité, elle fascine par son pouvoir d’attraction. Ce «double moi inanimé» exerce un pouvoir puissant chez les fillettes et chez les petits garçons également qui jouent et rejouent des scénaris familiaux, domestiques à caractère sexué (ou non ) de leurs vies en révélant l’intensité des émotions qui les traversent.



La poupée est un objet transitionnel bien plus mature que le doudou en fourrure ou la simple peluche à figure animale; c’est un objet de désir à part entière et primordial dans la construction psychologique de l’enfant quelque soit son sexe.


Autoriser un petit garçon à jouer à la poupée peut constituer un acte novateur, conscient et sans risques . Puisqu’il lui sera permi d’exprimer à travers le jeu ses émotions, ses désirs comme ses peurs quand la poupée devient, à certaines heures, le réceptacle de ses frustrations, colères ou agressivités qui jalonnent de manière naturelle sa vie d’enfant.


Et il pourra au mieux s’exercer, lui aussi, à son futur rôle de paternité à travers le jeu. Moi la première, j’ai malmené mes barbies en leurs coupant les cheveux ou la tête tout en tatouant son corps au stylo bic...


Ainsi, l’objet symbolique de la poupée m’intéresse dans le jeu des miroirs qu’elle offre. Son immobilité, son silence, son regard sans appel renvoie le propriétaire à son subconscient. Elle devient chargé de désirs, de peurs, de souvenirs, d’intentions ou de promesses. De par cette richesse de représentations symboliques, elle se révèle être un outil thérapeutique puissant qui mêle souvenirs d’enfance, rapport à sa sexualité, représentation du corps et de sa valeur.


Elle peut même devenir politique...souvenez-vous de la procédure engagée par le président Nicolas Sarkozy en 2005, lorsqu’il dénonce la diffusion et l’utilisation de la poupée vaudou éditée à son éffigie. Ce qui était présenté au départ comme un objet humouristique et potache, va faire l’effet d’une bombe médiatique tant la poupée va endosser le rôle d’objet transitionnel de l’opinion. Ce nouvel emblème (une poupée) devient représentatif des manifestants engagés à l’époque contre le gouvernement. Elle agit dans l’inconscient collectif comme la pratique des effigies brûlées en place publique. Le président est touché au corps, son intégrité physique est menacé...


Je présente ici un florilège d’inspirations artistiques et autres qui explore la thématique de la poupée dans l’univers du design, des arts du spectacle et bien sûr de l’art-thérapie telles les poupées thérapeutiques réalisées par Cecile Perra, les poupées «Chairdâme» conjuratoires de l’artiste Michel Nedjar, les poupées en porcelaine qui font la gueule de Marina Bychkova, celles étranges de Klaudia Gaugier et de Dorote Zaukaite ou encore des poupées d’anonymes qui méritent le détour.


Je nourrie l’intention d’animer des groupes co-créatifs à visée thérapeutique dont le point d’orgue serait portée sur la création «de poupées pour adultes».


Restez connecté sur notre blog pour connaître la suite.


Et au vue des préparatifs et des cadeaux à envisager pour cette fin d'année , n’ayez pas peur d' offrir à vos petits garçons une poupée...









3 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout